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  • Anick Julio, l’homme de son temps

    A la mort de son père, Anick Julio sait qu´il règnera. Il en est peut être complexé, mais il possède assurément, une idée de son métier de roi et des attentes que suscitent son intronisation. Après avoir tiré plusieurs instructions des manquements remarqués dans le règne de ses prédécesseurs, le jeune roi ne veut pas se priver de celles que ses sujets peuvent tirer de sa démarche pour le progrès de son peuple. L´on remarque d´ailleurs une grande communication autour de ses activités. La presse s´intéresse de plus en plus à l´action royale. Est-ce le résultat d’une stratégie soigneusement conçue? Des actes spontanés?

    Anick Julio pense qu´il est important d´échanger avec les journalistes, de dialoguer avec la population pour prendre en compte, leurs besoins, leurs attitudes et leurs savoirs. Le jeune monarque pense que c´est à travers la communication que les populations bénéficiaires des projets de développement en deviendront les principaux acteurs et assureront leur réussite. D´où la mise en place au palais d´un programme de communication adaptée:
    Edition des magazines, interviews, réunions, congrès, expositions, conférences de presse, film documentaire, enquêtes de satisfaction etc.

    Des actions complémentaires sont envisagées comme la mise en place d´un dispositif de renseignement et de service secret permettant de rassembler les opinions. La priorité selon lui, est d´être bien informé pour pouvoir agir ou réagir. Il s´impose la loi d´avoir les yeux ouverts sur toute la communauté, les quartiers, les associations, la diaspora. D´apprendre à toute heure les nouvelles, d´être informé du nombre infini des choses, de pénétrer ses sujets afin de découvrir les vues les plus éloignées de ses courtisans, leurs intérêts, leurs plans.

    Tout comme de nombreux villages, Bangoua souffre d´une grande déficit en infrastructures et en service de base. L’accès à l´eau potable est loin d´être généralisée, les services d´assainissements sont rares. Aucune école n´est pourvue d´un équipement sanitaire permettant aux enfants de vivre leur scolarité dans des conditions élémentaires. Ces enfants sont contraints de filer dans la nature pour satisfaire leur besoin hygiénique. Ce qui pose des problèmes de pollution et engendre les maladies.

    Les habitants sont privés d´eau potable et vont s´approvisionner en eau où ils peuvent: sources, marigots, nappes phréatiques. Outre la pénibilité du transport de cette eau, ils sont de nouveaux à la merci de tous les problèmes sanitaires liés à l´eau plus ou moins propre. Conscient de l´ampleur de ses problèmes, le jeune monarque dès son accession au trône en 2001, tracera une feuille de route dotée d´une vision et des objectifs clairement définis. C´est sur cette base qu´il s´est engagé avec ses sujets dans un programme d´amélioration des conditions de vie des populations dont il poursuit inlassablement sa mise en œuvre. L´homme de cœur, large et ouvert, d´un caractère généreux, magnanime, désintéressé, il se fait le pourvoyeur de la jeunesse. Ses heures ne sont pas à lui, il les consume sans regret à écouter les doléances et les tristesses de ses sujets. Il entreprend des voyages, il affronte des fatigues et des rebuffades pour rendre des services et rétablir des situations compromises.

    Et si douce que lui soit la reconnaissance, celle-ci n´est pas la condition de son dévouement; si elle lui manque, il n’en fait point de plaintes amères. Pour arrêter une décision importante, le jeune monarque procède d´abord par un débat éclairé. C´est une des plus raisons qui l’a obligé à tenir auprès de lui les 07et les 09 notables et qui doivent les écouter plus favorablement que les autres.

    DeBangoua Tchatchouang (IciBangoua.net, Berlin)

  • Du franc CFA à l’euro : Joseph Tchuindjang Pouemi, monnaie, servitude et liberté

    joseph-tchuidjangRedécouvrir l’œuvre de Joseph Tchuindjang Pouemi n’est pas seulement se pourvoir d’un moyen essentiel pour « comprendre les douleurs de l’Afrique » , mais plus généralement pour resituer la monnaie comme « phénomène social par essence » . Alors que règne aujourd’hui, notamment dans les zones euro et dollar, un monétarisme qui considère la monnaie comme une valeur en soi, Tchuindjang Pouemi nous montre au contraire qu’elle est une allocation de crédit dont la légitimité dépend de l’usage que l’on en fait.

    Elle est en ce sens l’attribut de toute souveraineté nationale car de son allocation dépend le futur que l’on veut donner à son pays. Il n’est donc pas étonnant que toute oligarchie veuille cacher ce rôle et en faire l’instrument de son pouvoir pour perpétuer sa domination au détriment des peuples. Au début de son livre, Monnaie, servitude, liberté : la répression monétaire en Afrique , écrit en 1979-1980, l’économiste camerounais met bas les masques : « Il convient qu’en Afrique la monnaie cesse d’être le territoire du tout petit nombre de « spécialistes » qui jouent aux magiciens. » Et il ajoute :  « Aujourd’hui, faute d’accorder aux questions monétaires l’attention qu’elles méritent, l’Afrique inflige à ses enfants, et plus encore à ceux qui ne sont pas encore nés, des souffrances tout à fait gratuites. »

    Nous sommes aujourd’hui en août 2012, plus de trente ans après que Tchuindjang Pouemi eut publié son ouvrage, et non seulement sa critique dévastatrice du franc CFA reste plus juste que jamais, mais elle s’applique tout aussi bien à l’euro, car dans les deux cas, ceux qui ont inspiré la création de ces monnaies se sont abreuvés et s’abreuvent à la même source. Il est ainsi ironique – mais logique – que les maux infligés aux peuples colonisés par les anciens colonisateurs soient aujourd’hui infligés par ceux-ci à leurs propres peuples. Le dénominateur commun est le viol des souverainetés nationales et des libertés individuelles au profit d’une même oligarchie, inspirée par une tradition monétariste qui remonte aux cités grecques prédatrices et trouve aujourd’hui son expression dans l’impérialisme monétariste de ses successeurs financiers et marchands anglo-américains. Ceux qui ont condamné Socrate sont toujours les ennemis, sous une autre apparence physique mais issus d’une même matrice idéologique, que nous devons combattre et écarter du pouvoir.

    Disciple de Maurice Allais et ayant présenté sa thèse de sciences économiques sous la direction de Pierre Massé, Tchuindjang Pouemi s’inscrit dans la tradition française de l’économie physique productive et de la planification indicative, à l’opposé du néo-libéralisme dominant depuis plus de quarante ans dans le monde. Je me sens d’autant plus proche de lui qu’il a commencé ses études à Clermont-Ferrand, dans cette Auvergne dont vient toute ma famille, et que j’ai moi-même rencontré Allais et ses proches en partageant un engagement commun pour la séparation des banques d’affaires, de dépôt et de crédit – le Glass-Steagall de Roosevelt, repris en France et rattaché à notre conception de Banque nationale et d’un Conseil national du crédit. Ainsi l’on peut dire, ironiquement, que le jeune économiste partisan de l’indépendance du Cameroun appartenait à l’école française de science économique, alors que les colonialistes néo-libéraux se trouvaient, eux, du côté de l’école monétariste britannique !

    La monnaie, expression de la souveraineté, est pour Tchuindjang Pouemi l’élément essentiel à examiner pour voir si derrière les belles paroles, il y a des actes qui les incarnent. Or « le franc CFA est en fait un instrument de la permanence de la colonisation française en Afrique… La France est le seul pays au monde à avoir réussi l’extraordinaire exploit de faire circuler sa monnaie, et rien que sa monnaie, dans des pays politiquement libres ». Aujourd’hui, trente ans après, la situation de dépendance de l’Afrique n’a pas changé. Les Etats qui relèvent du franc CFA n’ont aucune maîtrise de leur monnaie. Le fait que le Trésor public français soit placé au-dessus des banques centrales BCEAO et BEAC constitue un viol de souveraineté. Ainsi la dévaluation de 50 % en 1994 a sapé les fondements d’une classe moyenne émergente et servi uniquement les fortunes colossales de l’oligarchie au pouvoir, qui met ses avoirs à l’abri dans des paradis fiscaux et achète d’immenses propriétés immobilières en Europe. Quitte à faire éduquer ses enfants, se soigner et mourir chez nous ou aux Etats-Unis, faute d’avoir prévu des investissements sociaux dans son propre pays. Cela a été bien entendu aggravé par le fameux consensus de Washington, que le Fonds monétaire international (FMI) a appliqué en exigeant que les pays africains pratiquent des coupes claires dans les budgets sociaux, d’éducation et d’infrastructure. Provoquant à la suite une émigration que les pays européens ne veulent plus accueillir et chassent avec leurs bateaux, leurs avions et leur police. Ainsi s’est mise en place cette machine infernale, avec sa conséquence : les terribles inégalités sociales en Afrique et les « problèmes » de l’immigration chez nous, avec désormais en Europe une forme de ségrégation intérieure redoublant le néo-colonialisme par la monnaie à l’extérieur.

    Le franc CFA avait d’ailleurs été créé avant les indépendances, puis simplement rebaptisé après, sans que son mécanisme fondateur n’en soit modifié. Il a servi ainsi de relais aux politiques de ce FMI que Tchuindjang Pouemi traitait à juste titre de « fonds de misère instantanée », n’en déplaise à Mme Lagarde, M. Strauss-Kahn et tous ceux qui les ont promus.

    L’économiste camerounais voulut toujours rester un professeur auprès de ses élèves, pour former les générations futures à Yaoundé, Douala et Abidjan, hors du cercle de déraison de la politique compradore des « élites » africaines. Il refusa donc les propositions que lui firent Ahidjo ou Houphouët Boigny d’entrer dans leurs gouvernements. Universitaire, il était en même temps une référence de morale et de justice politique, et si l’on ne sait pas exactement s’il mourut assassiné, sa disparition servit bien les intérêts en place à un moment où se consolidaient l’exploitation et l’injustice.

    Ma pensée va ici aussi à Thomas Sankara, Sylvanus Olympio et Félix-Roland Moumié, qui menèrent le combat politique pour la justice et le payèrent de leur vie, ainsi qu’à mon ami Renaud Vignal, qui dirigeait le cabinet de Jean-Pierre Cot au moment où tous deux tentèrent d’abolir la Françafrique et furent tués politiquement par la Mitterrandie.

    Ces souvenirs me ramènent aussi à l’erreur – une erreur, pire qu’un crime – de la quasi-totalité de la gauche européenne, qui ne comprit pas ou ne voulut pas comprendre que la cause de la décolonisation économique et culturelle en Afrique rejoignait la cause de la justice sociale et de la participation réelle au pouvoir en Europe, et même se confondait avec elle. Nous portons aujourd’hui encore les stigmates de cette erreur.

    Plus profondément peut-être, nous l’avons dit au départ, la critique fondamentale que fait Tchuindjang Pouemi du franc CFA vaut aujourd’hui pour l’euro. Son existence dépouille en effet de la souveraineté monétaire les pays membres de l’Union européenne, au profit non pas d’une entité supérieure bienveillante mais d’un conglomérat de financiers, de banquiers d’affaires et de fonctionnaires qui ont mis les économies sous tutelle financière et monétariste, faisant prévaloir les intérêts du court terme sur les investissements à long terme, physiques et sociaux, gages d’avenir. Aux profiteurs de la Françafrique succèdent ainsi les lobbyistes de Bruxelles, qui écrivent trop souvent les textes que reprennent des fonctionnaires ayant perdu le sens de l’intérêt public et disposant de moins de moyens que leurs interlocuteurs.

    L’on passait il y a plus de quarante ans un film intitulé « La Cina é vicina », la Chine est voisine, frappé du coin de l’idéologie « maoïste » occidentale. Nous pourrions aujourd’hui dire avec bien plus de pertinence que l’Afrique est voisine : nous souffrons de la même maladie monétariste qui peu à peu a tout contaminé dans l’économie mondiale. Ceux qui ne me croient pas peuvent le demander aux Grecs, aux Espagnols et si nous continuons ainsi, se le demander bientôt à eux-mêmes, en France.

    Heureusement, la pensée de combattants comme Joseph Tchuindjang Pouemi reste bien vivante et nous encourage, par delà les années, dans notre propre combat, pour lui donner la dimension que nos prédécesseurs européens n’ont pas su ou voulu reconnaître.

    Jacques Cheminade
    Source http://www.cheminade2017.fr/Du-franc-CFA-a-l-euro-Joseph-Tchundjang-Pouemi-monnaie-servitude-et_00889
  • Qui était Joseph TCHUIDJANG POUEMI

    joseph-tchuidjangNom : Joseph TCHUINDJANG POUEMI

    Date et lieu de naissance : 13 Novembre 1937 à Bangoua

    Date et lieu de décès : 27 Décembre 1984 à

    Catégorie : Enseignant

    Parcours :

    • xxxx – xxxx : Etudes primaires à Bangoua
    • xxxx – xxxx : Etudes secondaires au Collège Moderne de Nkongsamba.
    • 1955 : Obtention du BEPC.
    • 1955 – 1958 : Sert comme instituteur à Pitoa, dans le Nord suite à une mesure d’internement.
    • 1959 : Obtention du Baccalauréat
    • 1960 – 1964 : Etudes de Mathématiques et de Sciences économiques à l’Université de Clermont-Ferrand (France) sanctionnées par une licence en Sciences économiques.
    • 1964 – 1967 : Etudiant à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (ENSAE) de Paris (France)
    • 1967 : Obtention du diplome d’Administrateur de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE)
    • 1968 :  Soutenance d’une thèse de Sciences économiques préparée sous la direction de Pierre Massé, sous le titre Les critères de choix des projets d’investissement en pays sous développés par les organismes internationaux, fondements théoriques et problèmes d’applications.
    • 1970 : Soutenance d’une thèse complémentaire, s’intitulant Considérations sur les comptes nationaux du Cameroun
    • 1970 – xxxx : Enseignant à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l’Université Fédérale du Cameroun
    • xxxx – xxxx : Dirige la fondation Canergie qui donnera naissance à l’IRIC
    • 1971 : Premier camerounais reçu au concours d’Agrégation de Droit et des Sciences économiques. Il est nommé Professeur titulaire.
    • 1973 – 1975 : Chef de Département des Sciences économiques à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l’Université Fédérale du Cameroun
    • 1973 : Nommé Directeur de l’Institut d’administration des entreprises (IAE)
    • 1975 : Professeur à l’Université d’Abidjan dont il dirige le département d’Économie publique. Participe, comme économiste en chef, aux travaux et étude du Bureau National d’Étude de Technique du Ministère du Plan de Côte d’ivoire.
    • 1977 – 1979 : Travaille au Fonds monétaire international (FMI) à Washington.
    • 1979 : Démissionne du FMI du fait d’un désaccord patent avec les prescriptions économiques et monétaires de cet organisme
    • 1979 – 1983 : Professeur des techniques quantitatives à l’École supérieure des sciences économiques et commerciale du tout nouveau Centre Universitaire de Douala (CUD)
    • 1983 : Chef de Département d’Analyse de données et Traitement de l’Information au CUD
    • 22 Aout 1983 – Aout 1984 : Directeur Général du Centre Universitaire de Douala
    • Aout 1984 – Décembre 1984 : Université de Yaoundé

    Ce qu’il laisse à la postérité :

    • Un livre, « Monnaie, servitude et liberté » (1981) qui peut ainsi se résumer : « Si l’on admet que le pouvoir économique confère le pouvoir politique, alors, on doit admettre que le pouvoir monétaire confère le pouvoir politique. En fait, la monnaie est au cœur même des économies modernes dont elle commande les mouvements. L’Afrique indépendante, faute de l’avoir compris, ou en feignant de ne pas le comprendre, soit en démissionnant, sans raison, devant ses responsabilités monétaires, soit en les utilisant pour nourrir une administration répressive, qu’il s’agisse de l’armée ou des « technocrates », a auto-réprimé le système économique et bloqué le progrès. » En un mot, « il n’y a pas d’indépendance digne de ce nom sans maîtrise de l’instrument monétaire, parce que la monnaie confère le pouvoir politique. »
    • Intellectuel rigoureux, pédagogue et maître son engagement scientifique et son enseignement ont permis l’éclosion de nombreuses vocations d’économistes en Afrique noire.
    • Monnaie et indépendance nationale (1977)
    • Thèse de Sciences économiques : « Les critères de choix des projets d’investissement en pays sous-développés par les organismes internationaux, fondements théoriques et problèmes d’application », sous la direction de Pierre Massé.

    Articles

    • Les pays sous-développés dans la jungle monétaire internationale (1975)
    • A la recherche du temps perdu dans les relations économiques internationales (1976)
    • Progrès technique, production et chômages (1987)

    Sources :

    • WIKIPEDIA. https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Tchundjang_Pouemi
  • La symbolique des rites de la naissance chez les Bangoua

    Le pays Bamiléké qui recouvre les plateaux du centre-ouest du Cameroun, est habité par une population dense, et se compose d’une centaine de chefferies, chacune bien délimitées par des frontières. Dans l’une d’entre elles, appelée Bangwa, j’ai mené une enquête ethnographique sur le système de parenté patrilinéaire. Cette recherche m’a conduit à m’intéresser aux rites relatifs à la naissance des enfants et à les analyser à la lumière du système symbolique qui les sous-tend. En présentant ce travail, je voudrais aussi montrer que l’on peut faire abstraction des comportements pour situer les relations parents-enfants, et préciser l’ordre sur lequel ces relations s’appuient.

    Les Bangwa pensaient autrefois que les enfants à naître vivaient dans les marigots sous forme de crapaud, ou de lombric noir quand ils étaient de futurs fils de chef. Lorsqu’une femme tuait un de ces animaux par mégarde avec sa houe, elle se lamentait et portait sur ses reins des feuilles sèches de bananier plantain en signe de deuil afin d’éviter qu’elle-même ou une de ses voisines n’accouche d’un enfant mort-né. Les anciens racontent que ces créatures sortaient de l’eau la nuit, et allaient deux par deux, suivant les chemins, visiter les cases d’habitation. Lorsqu’ils rencontraient un homme et une femme qui s’entendaient bien et communiquait la paix autour d’eux, ils entraient ensemble dans la case; mais un seul y pénétrait lorsque le couple n’avait pas ces qualités exceptionnelles. Neuf mois après, la femme ainsi visitée mettait au monde dans le premier cas des jumeaux, signe de paix et de prospérité, et dans le second un enfant unique.

    Avant de naître, les enfants vivent sous forme de double dans l’eau des rivières qui est par excellence le lieu d’origine de la vie. Les grandes familles nobles résident d’ailleurs toujours en bas des vallons à proximité des marigots, car la terre y est plus fertile et les femmes n’ont pas une trop longue distance à parcourir pour aller y puiser de l’eau. Les petites familles de serviteurs habitent au contraire en haut des pentes sur des terres plus sèches et moins riches. Enfin, les Bangwa rejettent sur le sommet des collines ce qui est jugé mauvais et néfaste pour la société, afin que le feu de brousse le brûle pendant la saison sèche. Les mauvais morts par exemple, qui ne pouvaient pas bénéficier d’une sépulture normale à cause de leur ventre gonflé d’ascite, étaient abandonnés sur les hauteurs. Les habitations construites sur le flanc des vallons sont ainsi situées entre le haut associé au feu et à la mort, et le bas où coule l’eau source de vie. Ces catégories bien marquées se retrouvent dans les paroles et les gestes quotidiens. Au cours des salutations usuelles, les Bangwa se demandent mutuellement : tchfô’ rhul « est-ce que ça va? » ou plus exactement, « est-ce que les nouvelles sont humides, fraîches? ». Quand cela ne va pas, ils disent: ira ndep, « c’est chaud », tout ce qui est déplaisant fait référence au sec. Mba’a jiïp même, « ne me fait pas sécher» équivaut pour nous à « ne me fait pas ch…«. En guise de bénédiction, un père crache sur la poitrine de son fils ou de son descendant venu lui rendre visite, pour maudir il lui souffle de la cendre sur le visage. Recevoir de la cendre est encore actuellement la malédiction la plus redoutée dans le pays.

    L’eau, le froid et l’humide sont bénéfiques, tandis que le feu, le chaud et le sec sont maléfiques. Mais ces éléments et leurs attributions ne sont pas irrémédiablement anti-nomiques. C’est ce qu’attestent les expressions qui se rapportent au mariage. Lorsqu’une femme est mariée, les Bangwa disent : jii nang ndiie, « elle cuit (dans) la maison », c’est-à-dire qu’elle fait la cuisine pour son mari et que, ce faisant, elle renverse l’ordre topographique qui tient à distance l’eau et le feu en un ordre domestique où ces éléments sont rapprochés et neutralisés par une inversion (feu du foyer en bas et eau de la marmite en haut). Mais le verge mbi nang, « cuire », dénote aussi la relation sexuelle. Les adolescents aiment à poser à de nouveaux interlocuteurs cette devinette: « qu’est-ce qu’une goutte d’eau qui devient poisson?… ». On dit au jeune qui a engrossé une fille: «puisque tu as versé l’eau, bois-la», c’est-à-dire marie-toi. Quand une femme fait une fausse couche, on dit à son mari : « tu t’es débarrassé de l’eau, mais tu as gardé la calebasse ». L’eau évoque la sexualité et plus précisément celle de l’homme. Le liquide spermatique est appelé d’ailleurs l’eau de l’homme. Par contre la vie affective et la sexualité féminine sont symbolisées par le feu. « II n’y a pas de fumée sans feu » signifie qu’il n’y a pas d’enfants sans femme ou sans alliance. «Une bonne épouse», c’est-à-dire une femme qui fait bien la cuisine et qui a de nombreux enfants, « est un bon feu ». Quand un homme a perdu beaucoup d’enfants et qu’une de ses épouses est enceinte, on dit: « le feu l’a brûlé, mais il se chauffe encore». Les femmes infidèles sont comparées à de la braise qui brûle ceux qui viennent s’y chauffer.

    Le rapport sexuel est une cuisson et les enfants qui en résultent, sont assimilés à de la «bonne nourriture». «Les enfants», dit le proverbe, «sont la nourriture que Dieu donne et que l’on mange». Aussi les femmes qui venaient d’accoucher, ne devaient-elles pas toucher de leurs mains nues les aliments qu’on leur tendait, car elles devaient se consacrer à une seule nourriture, l’enfant. Elles étaient autorisées à se resservir de leurs mains par la mère de leur mère, trois semaines après l’accouchement, et elles reprenaient leur activité culinaire après la célébration d’une petite cérémonie appelée kelôngtôngnguo, «plantain du cordon ombilical de l’enfant». Lorsqu’une femme avait accouché, la co-épouse ou la voisine qui avait joué le rôle de sage-femme enterrait profondément le placenta au pied d’un bananier plantain sur le point de mûrir, et elle plantait, dans le tronc, le morceau de bambou raphia qui avait servi à couper le cordon ombilical du nouveau-né. Les membres de la famille savaient ainsi qu’il ne fallait pas toucher à ses bananes. Quand le reste du cordon ombilical se détachait par dessèchement du ventre de l’enfant, la mère l’enveloppait dans une feuille de bananier plantain et le rangeait sous son lit. Un mois après la naissance, les co-épouses, les sœurs, les voisines envahissaient, un soir à la tombée de la nuit, la case de l’accouchée. La première épouse ou à défaut une sœur du mari, creusait de son plantoir, au pied du lit, un trou où elle déposait le petit bout de cordon ombilical. La mère se lavait le visage au-dessus, la première épouse faisait de même. Puis celle-ci prenait un morceau de bambou raphia dont elle fendait et refendait l’extrémité pour en faire une torche qu’elle allumait au feu. Elle frappait de la torche embrasée le trou et chacun des murs de la case, au milieu des hullulements joyeux de toutes les femmes présentes. Enfin, elle rebouchait le trou par terre.

    La signification de ces gestes est la suivante: l’eau qui sert à laver la mère de toutes les mauvaises choses qu’elle porte en elle, tombe sur le sol, et le feu qui chasse les mauvais esprits, provenant de l’extérieur, est projeté sur les quatre murs de la case, sa’ ndu-e, ou par homonymie sur les quatre points cardinaux sa’ ngguong. L’eau et le feu que ce rituel utilise pour leurs qualités bénéfiques, purification interne et destruction externe, sont replacés dans leurs positions cosmiques, en bas en en haut, à l’instant où l’enfant est relié par son cordon ombilical à la terre de son père. Il n’est donc pas possible d’utiliser ces éléments pour la cuisine dans leurs positions domestiques. Les bananes plantains qui avaient été mises de côté pour cette occasion n’étaient pas bouillies comme de coutume, mais grillées au feu et consommées avec de l’huile de palme et du sel offerts par le mari. Toutes les femmes présentes en mangeaient sauf la mère et ses enfants qui devenaient ainsi un sujet de plaisanterie pour les autres. « C’est dommage que vous ne puissiez pas goûter de ce plantain », leur disait-on, « il est vraiment délicieux ». La mère riait et répondait : « j’en mangerai bientôt et ce sera à votre tour de ne pas en manger ». L’enfant est naturellement bien plus important que la nourriture. De plus si la mère avait mangé une banane de ce régime mûri en contigûité avec le placenta, c’eut été comme si elle avait mangé une partie d’elle-même ou de l’enfant. Bien que celui-ci fût une bonne nourriture, il n’était pas pour autant comestible. Tel était ce que les femmes soulignaient en plaisantant à la nouvelle mère. A partir du moment où le nouveau-né était relié à un troisième élément, la terre, mitoyenne entre le haut et le bas, il entrait dans le plan cosmique sans pour autant quitter le plan domestique, il n’était plus seulement mangeable, il devenait mangeur.

    Il ressort de ces rites que la naissance n’est pas ici un événement neuf ouvrant un avenir, elle n’apporte rien qui ne soit déjà là. Dès qu’un enfant Bangwa voyait le jour, il était pris dans un système symbolique préexistant et fortement enraciné dans divers aspects de l’organisation sociale tels que le haut et le bas, le sec et l’humide, l’interne et l’externe. Cette symbolisation s’organise autour d’une métaphore (la cuisson) évoquant l’alliance parentale, et d’une métonymie exprimant la filiation paternelle puisque le nouveau né est rattaché à la terre de son père par une partie de lui-même. L’enfant est ainsi relié à l’ordre parental par l’intermédiaire des deux pôles du langage. Cette corrélation entre les deux axes de la parenté, alliance et filiation, et les axes paradigmatique et syntagmatique dont relèvent la métaphore et la métonymie, n’est pas absolue puisqu’entre ces deux figures l’enfant a aussi le statut ambivalent de nourriture non mangeable. Cette corrélation indique néanmoins que l’assise sur laquelle repose les rites de naissance, n’est autre que la structure du langage. La fonction de ces rites est donc de confirmer l’insertion parentale et sociale du nouveau-né en l’insérant dans un ordre langagier. En effet, quand un enfant mourait avant la cérémonie kelôngtôngnguo, les Bangwa ne le lamentaient pas et l’enterraient dans le haut de l’allée centrale qui conduit à leur résidence. Ils remettaient ainsi l’enfant dans un endroit où il était entré dans la concession. Autrement dit tant que l’enfant n’était pas intégré symboliquement à la société, il était assimilable aux êtres imaginaires qui hantaient les marigots. Il n’était pas encore considéré comme un être humain.

    Charles-Henri PRADELLES de LATOUR DEJEAN Attaché de Recherches au CNRS.

  • Election du nouveau CA 17/19 de la générale Bangoua de France: Janvier 2017

    Janvier 2017 : élection du nouveau conseil d administration de la générale Bangoua de France

    Rôle, Composition  et Durée du conseil 

    • Le conseil d administration -CA- est l organe dirigeante de l association.
    • Le CA se réunit une fois tous 3 mois.
    • Le CA élit le président, le vice président, le secrétaire et le trésorier.
    • Composition est de 11 personnes.
    • Élu pour 2 ans.

    Pour être candidat au CA, il faut être majeur et justifier de 2 ans d’ancienneté consécutives dans l’association.

    bangoua-en-france

    Pour le futur mandat 2017-2019, les modifications apportés sont les suivantes:

    • CA de 9 élus.
    • Élu pour 2 ans
    • Se réunit au moins 3 fois Pendant le mandat.

    Pour être membre du CA, les candidatures seront présentés lors de la séance du 13 novembre 2016.

    Le lieu de la séance sera envoyé par SMS.
    Avoir une ancienneté de 2 ans
    Participation au frais : 50 euros

    Pour être électeur
    Aucune condition
    Paf 10 euros

    Pour toute demande D informations
    Bangoua18@yahoo.fr
    Ou Facebook Bangoua de France

  • Les sacrifices faits aux ancêtres chez les Bangwa

    Bangwa est une des cent chefferies qui recouvrent les plateaux du centre-ouest au Cameroun. La population étant dense, les Bangwa ne sont pas regroupés par unités lignagères, mais par familles nucléaires établies, dans les différents quartiers, au gré des terres disponibles. Malgré l’éparpillement des résidences et l’exode rural, la cohésion des groupes lignagers et leurs interrelations ont été en grande partie maintenues par le culte des ancêtres, assure par les successeurs des fondateurs de lignage. En effet, quand un héritier regroupe, une fois par an, les membres de son groupe lignager, ils invoquent tous ensemble leurs ancêtres, au cours d’un rite spécial, afin de rester solidaires les uns des autres. Avant d’envoyer une fille en mariage dans un autre lignage, un père la fait entrer toute nue dans la case réservée aux ancêtres et il s’adresse à ces derniers en ces termes :

    « Pères, pères, écoutez-moi, voilà votre fille qui nous quitte pour rejoindre son mari, faites qu’ils se couchent à deux et qu’ils se relèvent trois ou quatre ; il faut qu’elle nous donne des petits-enfants. »

    Puis il se retourne vers elle et, tout en faisant une trace de terre sur sa poitrine en signe de bénédiction, il lui dit :

    « Tu es dans l’état où tu es venue au monde, ainsi tu repars. Si tu te conduisais mal dans la famille de ton mari, tu insulterais tes pères qui reposent ici. »

    Les ancêtres sont invoqués pour maintenir unis leurs descendants agnatiques et pour être témoins au mariage de leurs descendantes. Ils se trouvent être ainsi garants des deux principales relations de parenté : la filiation et l’alliance. Les offrandes sacrificielles qui leur sont apportées aux titres d’ancêtres du père (filiation) et d’ancêtres du père de la mère (alliance) sont cependant identiques. Nous allons donc d’abord décrire ces sacrifices, et nous montrerons ensuite que leur sens ne relève pas tant de leurs modalités (types d’offrande et contexte) que de la place qu’ils occupent dans la structure parentale. Nous pourrons alors indiquer d’où provient leur efficacité.

    Tout défunt devient ancêtre si, un an après sa mort, son successeur détache la tête du squelette, l’enduit d’huile de palme, la saupoudre de kaolin pour qu’elle lui soit favorable et l’enterre dans un grand canari. Autrefois, les canaris étaient ensevelis à mi-hauteur dans les cases d’habitation, les ancêtres masculins résidant chez leurs fils héritiers, et les ancêtres féminins chez leurs filles héritières. Actuellement les croyances chrétiennes et occidentales ayant progressé, les canaris sont mis dans une grande case spéciale. Les crânes des pères sont généralement alignés contre le mur à droite de la porte d’entrée, et ceux des mères à gauche. La mobilité sociale s’étant accélérée, il arrive que le successeur d’un père fasse, à la demande de sa sœur absente, les sacrifices sur le crâne de sa mère. On dit en bangwa que l’officiant « posent les champignons (ou la sauce) sur la tête des ancêtres » : jü ma’ po (na’) ne tsuâ. Il n’y a pas de mot signifiant « sacrifier » ou rapprochant ce type d’offrande de la notion de sacré. Selon la logique bamiléké, les ancêtres ne sont pas demandeurs de sacrifices réguliers. Ni exigeants, ni jaloux comme les dieux occidentaux, ce sont des divinités domestiques qui vivent paisiblement et quotidiennement à côté des humains. Hormis les deux cas que nous avons susmentionnés, elles ne sont invoquées qu’en cas d’infortune.

    Un malade arrivant de la ville dit en français pour expliquer son déplacement : « Je viens voir ma famille pour faire la coutume », et en bangwa : me nggiè tsiè ndu, « je viens lever la malédiction ». Le ndu signifie la malédiction et le nggandu celui qui souffre du mal envoyé par les ancêtres. Aussi la question que se pose l’infortuné est : « Je me demande ce que les ancêtres me veulent ? » Il consulte alors le devin. On dit en bangwa que l’oracle cherche (mbi tchek), mais cela ne veut pas dire qu’il cherche par lui-même (mbi rhuo) ; il cherche en s’adressant à un autre et plus précisément à l’araignée mygale. Cet animal apporte des éléments de réponse que le devin interprète et traduit en termes de nomination. « C’est le crâne d’un tel, dit-il, qui te demande de lui apporter une chèvre, un coq » Le malade doit remettre un bouc, un coq, du gibier ou des champignons cuits à l’eau aux ancêtres masculins, et une petite houe en fer, une poule, le foie ou la patte d’une chèvre cuite avec du plantin aux ancêtres féminins. En principe l’animal doit être du même sexe que l’ancêtre auquel on l’offre, mais cette règle n’est pas toujours appliquée. J’ai souvent vu des chèvres offertes à la place de boucs. Par contre, on ne donne jamais de petites houes en fer aux hommes et de gibier aux femmes à l’exception des mères de chef. Les morts sont ainsi sexuellement différenciés comme ils l’étaient de leur vivant.

    Une autre règle plus stricte veut que la viande crue soit réservée aux mauvais morts, dont les canaris restent dehors sous l’auvent de la grande case, et que la viande cuite soit donnée aux bons morts, dont les canaris sont placés à l’intérieur. Le coq, destiné aux premiers, est déchiré et abandonné sur les canaris et personne n’a le droit d’y toucher, tandis que le coq ou la viande de chèvre, destinés aux seconds, sont grillés à la flamme (mbi tuo) à l’intérieur de la grande case et l’héritier a le droit d’en manger. Remarquons que ce mode de cuisson est uniquement réservé à la nourriture des ancêtres. Les humains se nourrissent d’aliments bouillis à l’intérieur des cases, à l’exception de ceux qui, soumis à un interdit mangent leur nourriture grillée à la cendre (mib fap). Dans l’endocuisine et l’exocuisine, les modes de cuisson différencient la nourriture des vivants et des morts.

    Lieux de cuisson

    Destinataires:

    interne

    Externe

    Les humains

    bouilli

    grillé à la cendre

    Les ancêtres

    grillé à la flamme

    Cru

    6En sacrifiant, l’héritier dit :

    « Pères, pères, levez-vous, voici votre enfant qui vous apporte quelque chose. Il est venu de loin, il est venu pour vous. Écoutez son appel, recevez ses souffrances, venez près de lui, luttez sur sa tête. Écoutez le commerçant qui a de bons objets, les vend bien et cher. Ouvrez-lui les yeux pour qu’il devienne riche. »

    Ensuite, il bénit le malade venu, apporter les offrandes en faisant sur sa poitrine un trait avec de la terre prélevée près des crânes. Le ndu est alors levé.

    À quels ancêtres sont offerts ces sacrifices ? Une petite enquête réalisée auprès de quarante-quatre héritiers indique que les enfants de fille apportent à eux seuls les deux tiers des offrandes aux ancêtres du père de leur mère (cf. Schéma 1). Ces résultats confirment ce que les Bangwa disent au sujet du ndu, à savoir que celui des ancêtres du grand-père maternel est plus fort que celui des ancêtres du père.

    Membres de la famille venant sacrifier sur la tête d’un père

    img-1

    L’enquête menée auprès des héritières des ancêtres féminins présente des résultats moins significatifs car la plupart des femmes devenues chrétiennes ne font plus de sacrifices. D’après les anciennes, les ancêtres féminins étaient autrefois nourris par les filles des filles des filles de leurs filles. Les femmes sacrifiaient surtout sur « la tête de leur mère troisième », c’est-à-dire une ascendante utérine du lignage dont elles ne relevaient pas. En effet, celles qui sont reliées entre elles par trois générations et trois lignages appartiennent au même matri-groupe, elles n’ont plus de liens filiaux avec la quatrième génération ascendante (cf. schéma 2). Les ancêtres privilégiés d’un homme et d’une femme ne sont donc pas des ancêtres par filiation, mais des ancêtres par alliance. Ce que nous allons expliquer en comparant d’abord les attitudes qu’un individu entretient avec son père et le père de sa mère.

    img-2

    Un père est très proche de son fils. Il lui donne le nécessaire, le nourrit, l’habille, lui paye son écolage et lui offre, s’il le peut, une terre et une femme, pour s’installer. Il attend en contrepartie qu’il subvienne à ses besoins dans ses vieux jours. « La vieille femme, dit-on, tête les seins de sa fille. » Le fils n’est ; pas pour autant contraint d’aider ses parents. Tout dépend de sa bonne volonté. Si le père donne beaucoup et attend autant en retour, le père de la mère, par contre, ne donne rien et n’attend rien du fils de sa fille. Il ne lui offre ni terre, ni argent, ni femme et, s’il lui fait un prêt, il doit être rembourse rapidement pour ne pas devenir njuâ ndu, cause de malédiction. Le ndu est alors envoyé par les ancêtres du grand-père maternel, il faut lui apporter des offrandes pour Les apaiser.

    Le rôle du père est aussi de conseiller son fils, de lui apprendre ce qu’il faut faire et ne pas faire, de lui « montrer le chemin », pour qu’il suive ses traces. Souvent père et fils s’entraident et se font des confidences. Mais si le fils ne répond pas à l’attente paternelle, « s’il détourne », comme on dit en bangwa, le père peut le maudire en versant de l’eau dans un trou réservé à cet effet et situé dans sa concession. Leurs rapports sont alors irrémédiablement rompus, le fils ne peut plus retourner sur la terre de son père. La relation qui les unit est inverse de celle qui existe entre un grand-père maternel et son petit-fils. Ces derniers se parlent peu et ne se confient pas l’un à l’autre. « Tout ce que je dis à mon petit-fils, m’a déclaré un Bangwa, je pourrais aussi bien le dire à n’importe qui. » Bref, ils ne sont pas intimes mais ils ne se querellent pas, et le grand-père maternel ne peut, en aucun cas, maudire son petit-fils. Leur relation est ainsi fondée sur une confiance mutuelle qui n’est jamais mise en défaut. C’est pour cette raison que le corps des bourreaux de la chefferie était constitué autrefois par les fils des filles du chef, car ce dernier leur faisait plus confiance qu’à ses serviteurs pour les exécutions capitales. Enfin, lors des palabres, lorsque la défense d’un homme était assurée par les membres de sa famille, le chef qui jouait le rôle de juge était plus sensible aux arguments du grand-père maternel qu’à ceux du père, ou encore : « La parole du père de la mère est plus forte que celle du père » (nchuâ tè njip ntchue ji tè).

    La relation père/fils, souvent très étroite, peut évoluer de façon dramatique, tandis que la relation père de la mère/fils de fille, marquée par une certaine distance, s’avère en fin de compte plus sûre. Ces deux types de relation servent de support et de modèle aux rapports qu’un individu a avec les ancêtres de son père et ceux de son grand-père maternel.

    Un chef de lignage porte généralement le « grand nom » qui fut attribué au fondateur de sa lignée, aussi peut-il, par le truchement de l’homonymie, se substituer à lui et parler en son nom. « Je suis venu de tel et tel endroit », dît le chef Bangwa s’identifiant au premier chasseur de la région dont parlent tous les récits d’origine. L’héritier perpétue ainsi l’existence de l’ancêtre fondateur, ce qui lui confère l’autorité nécessaire pour regrouper ses descendants et les maintenir unis. Par contre, le même chef de lignage ne peut pas parler au nom de son ancêtre fondateur pour justifier son autorité auprès des fils de ses filles, car son « grand nom » est destiné à s’effacer à travers la chaîne des alliances (cf. schéma 2). Ses descendants appartenant à la quatrième génération l’auront oublié. Les ancêtres du père de la mère ne sont pas, à l’instar de l’ancêtre-fondateur d’un lignage un terminus a quo immortel ; ils sont mortels renvoyant à d’autres ancêtres sur l’axe des alliances. Ils ne sont pas non plus sacrés comme le montre la coutume appelée chi la’. Lorsque quelqu’un laisse tomber par inadvertance de la nourriture, celle-ci revient de droit aux ancêtres de la concession. « Les ancêtres, dit-on, leur rendent les offrandes qui leur ont été apportées ». Ils entretiennent ainsi une relation directe avec leurs descendants utérins, sans passer par l’intermédiaire du grand-père maternel. En d’autres termes, ils sont distincts de leurs héritiers. Ils n’ont pas besoin de se confondre avec eux. D’une façon générale, les ancêtres par alliance sont plus distants et plus sévères que les ancêtres paternels ; leur ndu, avons-nous déjà dit, est plus redouté. Bien que les offrandes sacrificielles remises à ces deux types d’ancêtre soient identiques, il est maintenant clair qu’elles n’ont pas la même signification, car un Bangwa entretient avec chacun d’eux, à travers leurs représentants respectifs, des rapports fondamentalement différents.

    En effet, lorsqu’un homme apporte des offrandes sacrificielles à ses ancêtres paternels, son père, sacrificateur, est plus qu’un simple médiateur, puisqu’il peut se substituer à l’ancêtre fondateur. Il participe à son immortalité et appartient ainsi à la sphère du sacré. L’opération sacrificielle peut être représentée par le schéma suivant :

    img-3

    Le sacrifice fait aux ancêtres du père de la mère ne suit pas la même logique parce que le sacrificateur est distinct de ses ancêtres. L’opération sacrificielle comprend trois actants, le fils de la fille, le père de la mère et les mères de ce dernier. Le sacrificateur renvoie ainsi le sacrifiant à des ancêtres mortels et n’appartenant pas à la sphère du sacré.

    img-4

    Or si les Bangwa ont le plus souvent recours à ce deuxième type d’offrande, c’est que, pour eux, le sacrifice ne tient pas son efficacité de la participation au sacré.

    D’où tient-il alors son efficacité ? Le ndu n’étant ni sacré, ni une force transmissible, il n’y a aucune passation de pouvoir dans ce type de sacrifice. Selon les termes mêmes des Bangwa, le ndu est une malédiction ; c’est un mal-dit qui peut être effacé, si les relations de parenté dont les ancêtres sont garants sont rétablies dans leur bien-dire. En apportant plus particulièrement des offrandes aux ancêtres du père de la mère, un individu réitère symboliquement le contrat d’alliance que le lignage de son père a scellé avec celui de sa mère. Ce faisant, il l’accrédite et s’y réinscrit dedans. La relation sacrificielle ne tient donc pas ici son efficacité d’elle-même, mais de l’ordre auquel elle renvoie. C’est ce dernier qu’il faudrait mieux connaître pour en savoir plus sur ce type de sacrifice fait aux ancêtres.

    Référence papier

    Charles-Henri Pradelles de Latour Dejean, « Les sacrifices faits aux ancêtres chez les Bangwa », Systèmes de pensée en Afrique noire, 4 | 1979, 131-138.

    Référence électronique

    Charles-Henri Pradelles de Latour Dejean, « Les sacrifices faits aux ancêtres chez les Bangwa », Systèmes de pensée en Afrique noire [En ligne], 4 | 1979, mis en ligne le 04 juin 2013, consulté le 02 décembre 2016. URL : http://span.revues.org/448 ; DOI : 10.4000/span.448

  • L’Ecole Publique de Kamna (Bangoua) en ruine?

    L’Ecole Publique de Kamna est une institution étatique créée en 1960 et compte en ce jour environ six bâtiments dont un presque totalement détruit. Avec un records de cinq sales de classes hors d’usage, cette école qui jadis était la fierté de ce quartier populaire n’est plus que l’ombre d’elle même. Malgrés son effectif d’environ 230 élèves, le directeur de cette institution reste pessimiste face au délabrament continuel de ses installations.

    C’est une école qui en ce jour à part les bâtiments tombantes, manque les ustensiles de bases pour son bon fontionnement: L’eau courante, aucune trace d’installation électrique, les toilettes inexistente… On serait en passe de se demander si une école comme celle là ou mieux encore les populations de kamna ne mériterait pas plus que cela pour assurer l’avenir de la génération de futurs leaders qui y naissent?

    A qui la faute de cette situation? serait la question que beaucoup de personnes se demanderaient en prenant acte de cette article. Pourtant nous seront loin du compte à ne pas poser la bonne question qui serait: Comment changer la situation actuelle et empêcher que cela ne se reproduise?

    L’EP de Kamna n’est pas la seule école de Bangoua dans cette situation. Ceci traduirait-il le manque d’engagement de la communauté Bangoua face a cette crise éducative? Nous ne saurons dire cela, car des exemples d’actions concrètes ont été réalisées à plusieurs reprises et nous avons vu des résultats. l’EP de Kamna comme d’autres est une école qui traine derrière elle une histoire, elle a formé des générations de fils et filles Kamna. C’est une fierté pour beaucoup qui ont appris à lire et à écrire sur les bancs de cette école. C’est une réalisation pour ceux qui y ont eu leur premier diplòme officiel c’est-à-dire le CEPE.

    La question qui mine les esprit de beaucoup de jeunes natifs de Kamna ou pas et qui ont connaissance de l’histoire et de la situation actuelle de cette école est de savoir qu’est-ce qu’il faut pour sa « restauration »? Restauration parce qu’elle est en passe de devenir un musée au vue de l’état dans laquelle on retrouve les installations: Si les bâtiments ne sont pas tombés, ce sont les murs très sales, ou des ouvertures non existentes…

    reunion-12-novembre-ep-kamnaAlors un groupe de jeunes (Joindre le groupe) se mobilise en ce moment sur le réseau social Facebook afin de proposer des solutions pour la sortie de la dite école de son état de délabrement avancé. Pour cela, une reunion a été organisée avec quelques responsables de l’EP de Kamna en date du 12 novembre 2016 et il ressort les actions suivantes à mener dans la mesure du possible:

    • Réhabiliter et Moderniser l’école publique de kamna comprends :
    • La réfection des bâtiments
    • Aménagement d’un point d’eau et toilettes
    • Équipement en matériels didactiques et pédagogiques
    • Construction des aires de jeu,bibliothèque, salle informatique
    • Construction de la barrière.

    Nous exhortons donc tous les enfants Bangoua et Kamna en particulier de contribuer pour la rehabilitation totale de l’EP de kamna. Un apport continuel en Matériel didactique (Cahier, livres, Crayons, Stylos à billes, Craie, Rame de papier A4, Gommes, Trousse technologiques, Ardoise, Sac de classes…) sera d’un grand apport direct pour les besoins immédiats. En outre, le manque d’instituteurs est aussi un problème à mentionner et il serait bien si une organisation était faite dans ce sens pour donner un coup de main a l’équipe actuelle qui ne compte que 5 enseignants au lieu de 12, Le directeur étant obligé à completer l’effectif a 6.

    ICIBANGOUA.NET

  • INTRONISATION D’UNE MABADGOUB. QUE SIGNIFIE LE TITRE DE MABADGOUB?

    C’est un titre ordonné à une femme qui à l’autorisation d’excuter la danse royale revêtue de peau de Panthère.
    Titre de notabilité attribué à la mère du Roi. A titre honorifique également, le Roi peut l’attribuer à une femme de son choix.

    COMMENT SE PASSE UNE INTRONISATION?

    Pour tout titre de notabilité ou honorifique dans un village, comme le cas que vous avez en vidéo ci-dessous,
    les cérémonies sont premièrement partagé en deux:
    – Cérémonie traditionnel qui se passe en bas de la chefferie à la présence des invités initiés et quelques membres de la famille du futur honoré (j’y étais n’etant pas initié ni membre de sa famille mais accompagner d’un notable ) Menkam.
    Après l’installation des invités, un serviteur du chef sonne la cloche pour annoncer l’arrivé des chefs qui seront présents à la cérémonie.
    Après l’installation des chefs,le futur honoré prend place sur le même rang avec eux.
    Le Chef de la famille de celle qu’on intronise prend la parole et prend la main du futur MABADGOUB et donne au notable en charge de la cérémonie; lui à son tour se dirrige vers le chef du village maternel de la futur MABADGOUB et remet sa main au chef .
    N.B : Tu peux être de Bangangté, de Bamena, Balengou etc… et reçoit un titre honorifique dans une autre chefferie comme Bazou, Badjoun, Bangoua etc…
    il suffit que le chef de ton village soit informé pour assister à la cérémonie car il a un très grand rôle important lors de ton intronisation. ( C est lui qui prend ta main et remet à celui qui t’a accordé ce titre), et il te remet à son notable en charge de la cérémonie et il te dépose sur la chaise faite en Bambou et retourne s’assoir à sa place.

    Son notable vient avec un sac de sel,un bidon d’huile de palme et du caolin de Balengou ; il ouvre le sac du sel et verse tout autour du futur honoré , verse l’autre devant elle sur le roi des herbes (cu’tùn) , ouvre le bidon d’huile et verse un peut sur cet herbe; prend un couteau puis gratte le caolin sur ce même herbe.
    Après avoir fait tous ces préparatifs, le chef qui t’accorde ce titre honorifique se lève et prend la parole pour faire des incantations et déclare que,à partir d’aujourd’hui et maintenant tu es MABADGOUB ou autre titre selon ce qu’il t’accorde.

    Son notable qui est chargé de la cérémonie invite le chef de la confrérie des 9 ou des 7 notables de ce royaume à prendre le mélange qui a été fait au préalable devant l’honoré ( le roi des herbes , l huile de palme le sel et la poudre du caolin ) et met sur ta poitrine en t’appelant avec le titre qui t’a été consacré.
    S’il y a eu un membre de ta famille qui avait reçu un titre honorifique avant toi, il sera appelé de te mettre aussi ce mélange sur la poitrine en t’appelant avec le nom du titre qui t’a été accordé
    Ainsi, toutes les femmes des chefs qui sont présentes passeront tour à tour pour te mettre ce mélange et même les notables qui y sont aussi. Après avoir finir de la mettre ce mélange sur la poitrine, tous les chefs présents ce sont levé et venir vers elle,faire une ronde autour d’elle,joindre les mains sur elle et la soulever et la faire assoit 7 fois tout en faisant les incantations sur elle et taper dans son dos pour ordonner qu’elle se lève de cette chaise et entre dans la case secrète où on vient avec une chèvre,qu’on tue pour la oindre avec son sang, la donner les pouvoirs et elle sort de là déjà habillé avec les habits de la notabilité et la peau de la panthère sur son dos parce qu’elle est MABADGOUB car ce n est pas toutes ceux qui reçoivent un titre de notabilité qui porte la peau de la panthère.

    Voir la video

    La chaise en bambou est enlevée et est remplacée par les tabourets honorifique . Sa sortie de la case secrète est annoncée par le serviteur du Roi avec sa cloche et la population l’acclame. Elle passe devant les chefs,joyeuse, danse pour manifester sa joie, puis se tourne vers les invités et on l’acclame. Le notable qui est maître de la cérémonie la fait assoir sur le nouveau tabouret royal. Les membres de sa famille passent tour à tour pour la féliciter en commençant par le chef de famille ensuite les invités.
    Les coups de feux sont tiré; l’ambiance diverses, le mot de bénédiction des autres femmes royales puis sa sortie officielle du lieu secrète pour rejoindre les invités à l’esplanade de la fête accompagnée des chefs .

    Ines Nzuimânto

  • Préparation du Congrès National du Développement du groupement Bangoua

    En prélude au congrès national du développement BANGOUA, tous les fils et filles BANGOUA, soucieux du développement de notre communauté en général et de notre groupement en particulier, sont conviés à une réunion préparatoire, qui se tiendra le 09 décembre 2016 à partir de 18h30, dans la salle des actes du palais royal à BANGOUA.

    L’ordre du jour sera communiqué séance tenante.

    Il faut rappeller à tous et à toutes que ces réunions práparatoires sont des moments importants pour partager des points de vues et proposer des actions et idées nouvelles.

    En savoir plus sur Bangoua? Cliquez ici

    SOYONS ACTEURS DU DÉVELOPPEMENT.

  • Pensez vous que les projets réalisés à Bangoua ont échoués ou réussi?

    Les projets échouent à Bangoua parce qu’il n’y a pas un bon suivi des dits projets. Sans accuser personne, je pense à mon humble avis que:
    1- Les populations de cette localité sont égoïstes, individualistes et pourtant Ces projets sont communautaires et bénéfiques à tous mais hélas la politique du ventre l’emporte sur la solidarité et l’humanisme.
    2- Les uns et les autres sont moins engagés lorsqu’il il conflit d’intérêts et soif de pouvoir avide. Suivez mon regard→ la recherche effrénée du pouvoir et du paraître pousse les un(e)s à saboter l’intelligence des autres en bafouant ces dits projets. Et puis après on dira c’est la faute de ci c’est la faute de cela!

    Résolutions:
    – Soyons engagé(e)s dans tous ce que nous entreprenons pour le développement de notre village
    – Soyons conciliant et souvenons nous que personne ne fera de Bangoua une destination paradisiaque si ce n’est nos efforts personnels.
    -Arrêtons de saboter les projets et de rester derrière nos claviers et écrans sans réagir
    – Pensons! Réagissons! Développons dans le bon sens.
    L’essentiel est de bien faire ce que nous avons à faire en laissant derrière nous nos intérêts égoïstes et la méchanceté gratuite.

    Vive Bangoua.

    Fleur de Castille